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Actualités des Trophées

Trophées 2013 : Coris Bank International désigné meilleur soutien aux PME
Le jury national des Trophées 2013 récompensant les banques et établissements (...)

Damo Justin BARO, Ancien-vice Gouverneur de la BCEAO : « Aujourd’hui, il nous faudrait des banques de PME avec un petit guichet de banque universel »

Burkinapmepmi.com : Monsieur le Gouverneur, on dit de vous que vous êtes une personne endurante. Quel serez votre secret ?

Damo Justin BARO : Je pense que cela est dû à mon obsession, à mon envie de ne pas décevoir. Pour moi, c’est un combat permanent. Dès que je suis face à un défi, je me dis qu’« il faut le relever ». Il n’y a rien qui m’arrête. Ce trait de caractère a amené certains membres de ma famille à me surnommer « Monk », du nom du fameux policier hyper manique du détail. C’est la raison pour laquelle je peux rester deux jours de suite sans dormir. Par contre, s’il m’arrive de me retrouver dans des conditions où j’ai ’impression que mes efforts ne sont pas perçus et appréciés à leur juste valeur, cette impression me titille et me pousse à me surpasser.

Vous évoquiez le développement économique, sujet pour lequel les petites et moyennes entreprises tiennent un rôle central mais restent toujours en manque d’un financement adéquat. A qui la faute ? La BCEAO, les banques ou les PME ?

Damo Justin Baro : Je pense que tout le monde a une certaine responsabilité. Mais on peut dire que la Banque centrale, depuis 1979 a quand même lancé les instruments de la politique monétaire administré à un système de marché. Les banquiers discutent avec leurs clients sur le taux de rémunération de leurs dépôts et le taux d’intérêt de la banque. Les banques sont réticentes à donner de l’argent parce qu’il n’y a pas trop longtemps, que les banques ont connu ces problèmes de liquidité. De ce point de vue, je pense que c’est très important que l’on puisse sensibiliser les gens à poser des actions positives et utiles que de rechercher un coupable. Je suis tout à fait d’accord qu’il faut partir du passé et des comportements négatifs du passé pour améliorer le présent et l’avenir. Mais, il ne faut pas trop traîner là-dessus. Pour moi, il faut tout de suite prendre les choses à bras le corps et avancer en insistant sur ce que doit faire la Banque centrale dans son rôle de régulation de la monnaie et ce que doivent faire les banques commerciales, partenaires de la Banque centrale. Sachez que c’est la BCEAO, qui, en maître, communique à l’économie sa politique monétaire sur les banques commerciales à travers les taux d’intérêt. Il faudrait également voir ce qui peut être fait pour ne pas être aussi frileux. Vous avez dit tout à l’heure qu’il y’avait une répression monétaire. Toute répression monétaire est due au fait qu’en zone franc nous sommes très frileux, trop disciplinés. Nous n’osons pas ! Cela est vrai parce que nous sommes branchés sur le respect d’un certain dispositif prudentiel. Je suis convaincu d’une chose, il faut que l’on puisse mettre en place des structures de financements adaptées et, que les opérateurs économiques, les acteurs des PME/PMI cherchent également améliorer leur système de gestion, améliorer leur compétences, leur performances en matière de techniques. La solution serait que les Banques installent des systèmes de formation des agents en interne pour qu’ils aient une vision d’appréciation des dossiers de demande de crédit qui soit beaucoup adaptée à la situation parce que, les PME, ce sont des gens qui n’ont pas de grands moyens. Les banquiers doivent s’équiper de possibilités de suivi des prêts qu’ils accordent. Les PME/PMI doivent également faire quelque chose pour être crédibles en donnant une certaine garantie qui importe aux yeux du banquier. Mais je reconnais que ce n’est pas très responsable de refouler un dossier en extrapolant. Dans ce domaine on ne peut pas faire une démonstration par récurrence.

Votre appréciation du financement des PME/PMI par les banques, quelles sont les insuffisances ?

A propos de la PME/PMI, je l’ai stigmatisé comme un des éléments qui va emmener la banque dans le décor parce que c’est la PME/PMI qui accepte un crédit à 12% ou 13% sans rechigner. Les grosses entreprises sont très regardantes, elles savent qu’il y a une dizaine de banques sur le marché. Il y a plus d’offrants que de demandeurs, elles cassent les prix. Des banques prêtent aussi pour ces entreprises à 6, 7 ou 8% alors que pour les PME/PMI c’est 12 voir 13% et elles prennent sans problème. Comme ce sont des structures dont le taux de rente est très important, ce sont des structures qui remboursent. Je pense qu’il vaut mieux avoir affaire à une PME/PMI qui, même si elle est en faillite, ce serait peut-être que 12 à 13 millions que d’avoir affaire à une grosse entreprise à qui vous avez donné 25 ou 30 milliards et qu’elle ne vous rembourse pas.

Parrain de la première édition des Trophées des Banques et établissements financiers, vous avez souligné que « parmi les obstacles à l’épanouissement de la PME, un large consensus met en cause les difficultés d’accès aux financements ». Pensez-vous que notre système bancaire soit adapté aux réalités de notre pays ?

Je pense que le système bancaire est adapté au contexte du pays. Les banques sur place financent ce qu’elles peuvent. Non pas parce qu’elles ne veulent pas le faire, mais parce qu’elles n’ont pas les équipements nécessaires et parfois elles manquent de ressources humaines adaptées. Elles ne peuvent pas apprécier correctement le dossier d’une PME/PMI, qui souvent est présenté par des gens dont la plupart ne sont pas des gestionnaires, des analystes, des financiers. Cela fait que la banque a encore plus besoin de quelqu’un qui a une compétence très pointue parce que les PME/PMI, c’est dans tous les domaines d’activité. Il faudrait que chaque banque pour chacun des secteurs d’activités économiques puisse avoir des gens très compétents pour pouvoir apprécier. C’est pourquoi la France a mis en place une banque d’investissement qui prend en charge les préoccupations des PME/PMI parce qu’elle est consciente que ce sont les PME/PMI qui luttent avec le maximum d’efficacité contre la pauvreté. C’est le secteur d’activité qui constitue la croissance la plus importante dans un pays. Chez nous aussi, il nous faudrait des structures de financement qui soient un peu à l’opposé de ce que nous avons. Aujourd’hui, nous avons la banque universelle avec un petit guichet PME/PMI. Il nous faudrait des banques de PME avec un petit guichet de banque universel.

Jugez-vous cela possible au Burkina la création d’une banque des PME ?

Cela est possible ! Je pense qu’au cours du dernier Conseil présidentiel pour l’investissement, quelques propositions assez originales ont été faites dans ce sens. C’est essentiellement autour du financement de la PME/PMI. Pour moi, les PME sont presque toute l’économie du pays parce qu’au Burkina Faso à part un certain nombre d’entreprises importatrices, on y compte que de petites et moyennes entreprises. Là-dessus, je me suis dit, il y a eu avant ce que nous avons appelé la Caisse National de Dépôt des Investissements (CNDI). Cette caisse n’existe plus et j’ai cherché à comprendre ce qui s’est passé. La CNDI par rapport au trésor public continuait de calculer ses intérêts et ses dépôts. Je propose que désormais, l’on fasse quelque chose qui ressemble à une caisse de dépôt et de consignation comme en France, pays à l’origine des villes nouvelles. A Paris, les villes nouvelles sont construites par la caisse de dépôt et de consignation. Tout ce qui est dénombrement au niveau communal, c’est la caisse de dépôt et de consignation qui en est chargée. On ne risque plus les mêmes problèmes que la CNDI parce qu’aujourd’hui, même si le trésor n’a pas les ressources nécessaires pour faire face à ses besoins quotidiennes de dépenses, il se trouve que le trésor public a la possibilité d’aller sur le marché monétaire financier régional pour récupérer des ressources pour fonctionner. C’est un élément pour doter les PME/PMI de ressources. Il y a également un certain nombre de produits auxquels il serait intéressant d’y accorder un regard. Il s’agit du capital à risque, des fonds d’investissement, du recours au marché financier régional.

Quelles sont vos attentes de deuxième édition des Trophées ?

La première édition des trophées des banques et établissements financiers des PME a connu un engouement et je crois que la deuxième va encore susciter beaucoup plus d’engouement. Pour cette édition, il nous faut bien nous préparer et essayer de bien manager afin qu’on comprenne qu’en dessous, il y a quand même des gens d’une certaine notoriété au plan international qui ont envie de faire quelque chose de bien pour leur pays.

Vous êtes le Président du Comité de Pilotage du 1er Salon des PME de l’UEMOA prévu pour se tenir en 2013. Quel message adressez-vous aux PME de l’espace UEMOA, aux structures d’appui des PME et aux autorités ?

Ce message sera essentiellement un appel à leur attention parce que le domaine dans lequel ils sont est un domaine très important. Pour la plupart des pays qui ont atteint l’émergence, ils se sont appuyés sur les PME. La PME est beaucoup plus facile à émerger. Souvent, elles sont presque familiales et chacune est tellement impliquée dedans qu’on a le sentiment que l’on gère sa propre vie. J’en appelle au civisme et même l’intelligence de toutes les PME de l’Union afin qu’elles se mettent ensemble pour être des partenaires et se donner des idées parce qu’au lieu de laisser les petites qui sont déjà petites en taille se débrouiller toutes seules, elles peuvent se mettre ensemble pour peser. Il faut que les PME/PMI puissent effectivement en faire une affaire régionale et que l’on attire l’attention des Etats sur le fait que les PME sont une espèce de fil de sécurité parce qu’elles permettent de résorber la pauvreté absolue qui engendre des comportements absolus. Il faut que les PME prennent conscience de leur force et s’organisent pour pouvoir utiliser cette force à leur profit, pour leur propre survie. Aux autorités, c’est également attirer leur attention afin qu’elles cessent d’être des pompes funèbres pour ces PME/PMI. Il faut que les autorités comprennent leur rôle dans la simulation d’une PME/PMI parce que c’est très important afin d’éviter de les détruire. Aussi, mettre en place des structures de formation, de suivi, de sauvetage, de financements et beaucoup plus.

Vous êtes un modèle pour beaucoup de jeunes burkinabè et africains, quels sont vos conseils à leur égard ?

J’insiste sur le travail au niveau de toute la jeunesse, évitez le gain facile parce que l’argent facile n’existe pas. La corruption n’est pas la ligne droite, vous ne réussirez en l’empruntant. Donc, il faut travailler. Chaque fois que vous pouvez vous instruire, vous éduquez, il faut le faire en ayant une pensée positive. On est ce qu’on a bien voulu être. Se projeter et se donner les moyens de réussir.

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